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Les danseuses exploitées dans les productions musicales congolaises
 
Written by Urbain Saka-Saka | 05 November 09
 
 

En RDC, pays de la musique, la femme est la principale source d'inspiration des auteurs compositeurs. «Sur 20 chansons congolaises, 18 célèbrent la femme», indique une étude menée par une organisation non-gouvernementale de défense des droits humains et qui porte sur «Le rôle de la femme dans la musique congolaise moderne», publiée en août 2007.

Tandis qu'une autre étude rendue publique en février 2008 par un journaliste chroniqueur de la musique congolaise, Jean Bruno Mitsoko et qui porte sur « La chanson congolaise», révèle que «sur plus de 16 000 productions musicales réalisées entre 1960 et 2008 en RDC, plus de 14 000 louent la femme».

«Il est plus facile de composer sur la femme que sur un autre sujet. Parce que la femme, c'est le quotidien, le passé, le présent et le futur. Sans elle, la chanson va se raréfier et peut-être même disparaître. C'est elle qui fait vendre la chanson», affirme, quand à lui, Jean Serge Essou, leader de «Bantous de la capitale», un célèbre orchestre du Congo/Brazzaville.

Que la femme soit source d'inspiration, c'est bien. Mais quand elle devient source d'exploitation, c'est grave. Recrutées pour attirer le public, les orchestres congolais font monter sur scène des danseuses. Ce sont des jeunes filles dont l'âge varie entre 15 et 20 ans et qui sont à moitié nues car bien souvent, elles ne portent pas de culottes. Celles-ci s'exhibent sans la moindre pudeur. Elles exécutent des mouvements et des contorsions érotiques qui sont d'autant plus choquants qu'ils dévoilent leurs parties intimes.

Cette exploitation éhontée de la femme dans les productions musicales congolaises divise l'opinion à Kinshasa. «En RDC, l'Etat est faible et n'existe pas. Il ne joue pas convenablement son rôle de garant des mœurs et des coutumes. Il est complaisant dans ce pays. Il ne sanctionne pas ces musiciens qui portent atteinte à la dignité de la femme en faisant danser les filles à demi nues devant leurs parents et ce pour leurs propres intérêts. Ce n'est pas ça la culture bantoue qui prône un grand respect de la femme qui est mère», s'indigne Grâce Lula, activiste des droits de la femme.

«Il n'est pas question que ma fille s'exhibe ainsi à demi-nue devant un public. Ce genre de travail est bon pour les enfants de rues, qui n'ont reçu aucune éducation familiale de base», fulmine Nawez Ignace, enseignant dans une école secondaire de Kinshasa. Ces danses sont retransmises à longueur de journées sur les chaînes de télévision kinoises.

«Avec ces danseuses en jupettes qui s'arrêtent à mi-cuisses et en cache-cœurs qui laissent leur nombril à l'air, l'autorité parentale n'a plus ses assises. C'est pourquoi nous avons droit à des spectacles où les chefs d'orchestre et certains responsables de la culture congolaise laissent les filles à demi nues se déhancher devant des hommes», se lamente, pour sa part, Bernadette Ebaka, directrice au ministère congolais du Genre, Famille et enfant.

Même la Commission nationale de censure qui est pourtant mandatée pour agir, est impuissante. «A la Commission nationale de la censure, nous interdisons toute chanson impudique, toute danse obscène et toute tenue indécente qui n'honore pas la dignité humaine et l'honneur de la femme. Mais, c'est sans compter la corruption qui gangrène le monde musical en RDC», indique un conseiller de cette Commission qui préfère garder l'anonymat.

«Le personnel médical, les mécaniciens, les soldats, le personnel aérien, et beaucoup d'autres corps de métiers etc...ont une tenue spécifique de travail reconnaissable entre toutes. Pourquoi la tenue de ces danseuses pose-t-elle problème? Pourquoi en être scandalisé?», se demande un leader d'un grand orchestre de Kinshasa.

La danse en soi n'est pas mauvaise. Beaucoup de gens ont excellé dans la vie grâce à la danse. «Mais ce que nous voyons ces jours-ci ne fait pas honneur à la femme, ni au pays. Ce sont des exhibitions de nudité, du sexe de la femme. L'Eglise doit élever la voix pour dire non à toutes ces choses et enseigner aux gens la voie à suivre. Car, c'est elle qui trace le chemin. Quand l'Eglise accepte le mal, c'est le pays qui va se perdre», déclare Patrick M'Pezo, pasteur protestant.

Malgré ce tollé général que suscite la montée sur scène des danseuses dans les productions musicales congolaises, les intéressées sont sereines et expliquent: «Ces tenues sexy nous permettent de danser à notre aise et de captiver le public lors de concerts. Il est vrai que ces tenues laissent parfois apparaître nos parties intimes mais ce sont les exigences du métier que nous avons librement choisi», soutient la danseuse Fifi Tshibola.

«L'habit ne fait pas le moine, dit-on. Nos tenues de scène n'enlèvent en rien notre dignité de femme. Nous ne les portons que le temps du spectacle. Je me sens à l'aise devant le public et cela ne me gène pas du tout de m'exposer ainsi», dit une autre danseuse.

Pour nombre de Congolais, ces danseuses sont des filles aux mœurs légères. Souvent, on entend dire : «Une fille sérieuse ne peut pas exercer un tel métier. C'est bon pour des écervelées et des travailleuses sexuelles».

Les conditions salariales des danseuses font également l'objet d'une vive polémique. En effet, des sources affirment que ces filles sont très mal payées, voire impayées pour leurs prestations. Quatre sur cinq d'entre elles que nous avons interrogées, avouent qu'à l'issue de ces soirées dansantes, elles pratiquent le travail sexuel pour compléter les maigres revenus qu'elles perçoivent du chef d'orchestre.

«Pas question de salaire fixe, tout juste des per diem, variables selon la tâche demandée et l'ancienneté », affirme la danseuse Bibi Marianne.

«Cela dépend. Il y a de patrons d'orchestre sérieux qui traitent bien leurs danseuses en les payant convenablement. Par contre, il y en a d'autres qui sont mauvais. Ils exploitent les filles, les incitent effectivement à faire du travail sexuel pour survivre, surtout quand on est en déplacement à l'étranger. J'estime, quant à moi, que cela dépend avant tout de la personne elle-même. Chacune d'entre nous sait ce qu'elle veut, ce qu'elle recherche. Personnellement, je suis ici pour faire mon travail et non pour venir chercher des hommes. Le jour où mon chef d'orchestre osera me demander de coucher avec lui, je n'hésiterai pas à démissionner», assure avec fermeté Marianne, une belle brune de 18 ans, qui est aussi danseuse.

Dans son étude, le journaliste Jean Bruno Mitsoko révèle que ces filles «servent également de coussins nocturnes aux chefs d'orchestre et à certains chanteurs chevronnés. En cas des tournées à l'étranger, certaines paient de leurs charmes dans l'espoir de faire partie du voyage et vont parfois jusqu'à hypothéquer leurs per diem pour obtenir des billets d'avion. Une fois en Europe, elles organisent des orgies sexuelles dans les couloirs sombres des dancings».

En dépit de tous ces écueils qui les guettent, le métier de danseuse attire plus d'une Kinoise. En effet, généralement issues de familles modestes, sans grand bagage intellectuel, cette voie semble être la seule qui leur reste. Mais toutes ne tournent pas mal.

Ancienne danseuse, Mamie Sharufa est un éloquent exemple de réussite. On ne peut pas parler aujourd'hui de la sape à Kinshasa sans évoquer le nom de cette femme d'une trentaine d'années qui possède en plein centre d'affaires de la capitale congolaise et dans certains quartiers de la ville, des magasins de vêtements haut de gamme. Tout Kinshasa, hommes et femmes d'une certaine classe, ne s'habillent que chez «Maman Sharufa»..

«Ma fortune vient de la danse », reconnaît-elle. «Mon travail m'a enrichie. Oui, dans cette vie tumultueuse, il nous arrivait quelque fois de sortir avec un homme. Mais ce n'était pas vraiment notre priorité», se souvient-elle. Aujourd'hui elle est mariée et mère de cinq enfants. Mamie Sharufa compte une trentaine d'employés dont une vingtaine de filles qui sont affectées dans ses différents magasins.

Mbilia Bel et Tshala Mwana, deux grandes vedettes de la chanson congolaise, sont également d'anciennes danseuses qui font aujourd'hui la fierté de la Congolaise dans le monde musical.

Tshala Mwana, hier encore illustre inconnue venue de son Kasaï natal, est actuellement une célébrité de la chanson congolaise. La «Reine de mutwashi» ou la «Mamu nationale» (Mère nationale) est célébrée pour ses «coups de reins» dont elle seule détient le secret.

Tshala Mwana, qui prospère dans sa carrière musicale, a même été élue députée au cours d'un mandat. C'est une femme comblée à qui la danse a également réussie.

Mbilia Bel, autrefois inconnue dans la commune de N'djili à Kinshasa, a été vendeuse de bananes à la criée à travers les rues de la capitale. Aujourd'hui, elle est une grande figure du show-biz en RDC. Pour avoir évolué pendant longtemps aux côtés du célèbre artiste-musicien congolais Tabu Ley Rochereau, qui l'a épousée, Mbilia Bel surnommée la «Cléopâtre de la musique congolaise», continue à faire des émules dans la musique congolaise moderne.

En dépit de la «mauvaise réputation» qui leur colle à la peau, plusieurs danseuses se marient et tiennent leurs foyers au pays comme en Europe.

«Les hommes aiment les femmes de renom. Ils courent derrière nous », note fièrement Amélie, une autre danseuse qui ajoute : «Armand est fou de joie d'être identifié par rapport à moi. Il aime entendre dire: «voici Armand, le mari d'Amélie, danseuse que l'on voit à la télévision».

Encore pauvres et délaissées hier, grâce à un métier considéré comme «avilissant» par une bonne frange de la population congolaise, plusieurs danseuses ont réussi à sortir de la pauvreté, à se faire un nom à Kinshasa. Comme quoi l'adage qui dit, «Il n'y a pas de sot métier. Il n'y a que de sottes gens», est bien vrai.

Urbain Saka-Saka Sakwe est journaliste en RDC. Cet article fait partie du service de commentaires et d'opinions de Gender Links.

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