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Des femmes malgaches maltraitées au Liban
 
 
Written by Dina Razafimahatratra | 25 April 10
 
 

Etre employé au Liban peut représenter un avenir florissant. C'est ce que pensaient les femmes malgaches jeunes. Malheureusement, ce rêve a tourné au cauchemar pour certaines d'entre elles. Trois sont mortes des suites de maladies qu'elles ont contractées à Beyrouth, une des suites des traitements prodigués à l'hôpital et une autre a été rapatriée et internée au centre psychiatrique d'Anjanamasina à Madagascar. Face à cette situation, les autorités malgaches ont décidé de suspendre le recrutement des jeunes femmes malgaches pour le Liban et promet de poursuivre les familles d'accueil en cause en justice.


La situation paraît alarmante. C'est ce qu'on peut dire en voyant les résultats du recrutement massif des 6000 jeunes femmes malgaches employées au Liban. Le 28 décembre 2009, Ginette, âgée de 25 ans, originaire de la région Amoron'i Mania, qui a longtemps travaillé au Liban, est décédée à l'hôpital Joseph Ravoahangy Andrianavalona suite à une maladie contractée au Liban. «Ginette n'a eu que des malheurs au Liban. Elle est revenue au pays sans salaire. On est prêt à saisir la justice avec le soutien du ministère de la Population et des travailleurs sociaux», explique Michel Randrianirina, un proche de
Ginette et porte parole des familles de la région Amonron'i Mania, qui ont des parents au Liban.

Ginette est la troisième victime car auparavant, deux jeunes filles malgaches sont mortes à Beyrouth dans des circonstances bizarres et leurs dépouilles ont été rapatriées à Antananarivo. Une d'elle s'appelait Nirina Mampionona, 21 ans. C'est une dépouille mutilée qui a débarqué à l'aéroport international d'Ivato en novembre 2009. Ses parents étaient choqués. C'est l'agence Troizamis qui a régularisé son contrat avec ses employeurs libanais. La réaction du ministre malgache de la Fonction publique, William Noelson, ne s'est heureusement pas fait attendre. « L'envoi d'employées malgaches au Liban est suspendu jusqu'à nouvel ordre», a-t-il indiqué.

Le consul de Madagascar au Liban, Marcel Abi-Chedid, met en avant le fait que sur 6000 contrats de travail signés, il n'y a eu que cinq cas de maltraitance enregistrés. Les aides financières envoyées par les employées malgaches à leurs familles se montent à neuf millions de dollars américains. «Si l'opinion publique refuse l'effort des jeunes malgaches au Liban en échange de fortes sommes d'argent envoyées à leurs familles, il faut
me le faire savoir», poursuit-il.

Pour Volantantely, 29 ans, qui est parti au Liban au mois de mars 2009 et qui a pu revenir au mois de septembre de la même année, elle dit avoir vécu l'enfer là-bas. Depuis ça, elle se dit une «femme brisée. J'ai été violée plusieurs fois par le fils de mon patron et j'ai du supporter l'esclavage de la famille toute entière durant des mois avant d'avoir l'autorisation de repartir pour la Grande Ile en septembre et sans argent. A mon retour, mon mari m'a grondée. Il ne veut pas comprendre pourquoi je suis retournée à Madagascar les mains vides. Il me soupçonne de m'être prostituée au Liban. Il m'a quittée sous ce prétexte. Je suis encore en train de chercher du travail. A cause de tous ces problèmes, j'ai l'impression d'avoir vieilli de dix ans. Le Liban, c'est l'enfer pour moi», explique Volantantely, qui élève seule son fils de six ans et demi.

Pour être autorisée à regagner Madagascar, elle a dû mentir. Elle a raconté que son fils était mourant à Antananarivo. Finalement, c'est un responsable de l'agence de placement au Liban qui a été compatissant envers elle.

Une autre Malgache, Manaya, âgée de 18 ans et originaire de Toliara, a débarqué le 1er mars à l'aéroport international d'Ivato à moitié morte. Elle n'arrivait pas à se tenir debout sur ses deux jambes et a dû être aussitôt transférée à l'hôpital Befelatanana. Une fois sur place, il était clair pour le personnel soignant qu'elle avait été violentée. Elle était recroquevillée sur elle-même et avait perdu l'usage de la parole. Les analyses subséquentes ont confirmé qu'il y a bien eu viol et même collectif.

C'est le 30 mars 2009 que Manaya, la benjamine de sa famille, a quitté la ville de Toliara le 30 mars 2009 pour aller travailler au Liban. Ses parents étaient totalement d'accord. Sa sœur ainée, Rita Constance, explique que sa jeune sœur était toute excitée à l'idée d'aller travailler au Liban.

Malheureusement, l'aventure libanaise a tourné au cauchemar pour Manaya qui a été dépossédée de tous ses biens par sa patronne. C'est une amie qui l'a aidée à s'enfuir du Liban. «J'ai vu son état. Elle a été abusée et les médecins l'ont confirmé. Cependant les mêmes médecins nous ont conseillés de ne pas trop en faire état car ce serait mauvais pour sa réputation. Je ne peux que regretter de l'avoir autorisée à partir travailler au Liban ». Ce sont là les paroles de Clémentine, la mère attristée de Manaya.

Bien soignée et soutenue par toute sa famille, Manaya est en train de se rétablir. Elle est maintenant capable de bouger ses mains et ses pieds. Elle peut s'asseoir sur son lit et a commencé la rééducation qui devrait l'aider à recouvrer l'usage de ses jambes. Mais elle est toujours sous perfusion et ne peut toujours pas parler.

Les médecins continuent à lui faire des analyses. «Les analyses et les médicaments coutent cher pour nous. De ce fait, nous réclamons l'aide de personnes de bonne volonté. La ministre de la Population et du Travail social, Nadine Ramaroson, s'est montrée compatissante envers Manaya. J'espère aussi qu'elle tiendra parole car elle nous a promis de déposer une plainte contre l'employeur de Manaya au Liban, ainsi que
Contre le bureau de placement qui l'y a envoyée. Pourvu que les jeunes femmes
Malgaches qui sont encore au Liban puissent être rapatriées rapidement», souhaite Clémentine.


A la mi-mars, une autre jeune femme malgache a regagné le pays après un séjour au Liban. Il s'agit de Voahanginirina Tantely Dalesoka, 25 ans, originaire d'Amboaroy Antehiroka. Elle est rentrée car elle présentait des troubles mentaux, ainsi que des traces de violences corporelles. La jeune femme qui était en parfaite santé avant de quitter Madagascar, est pour l'instant internée à l'hôpital psychiatrique d'Anjanamasina.

L'ambassadeur du Liban à Madagascar garde le silence sur ces affaires de maltraitance de jeunes femmes malgaches au Liban. Les autorités malgaches pour leur part maintiennent la suspension du recrutement des employés malgaches pour le Liban. Ainsi, 2000 personnes sont contraintes de rester au pays jusqu'à nouvel ordre.

Nadia Rakotomanga, fonctionnaire du ministère de la Population, suit de près ces affaires.
Sa tâche est d'ailleurs d'enquêter sur la mort des deux bonnes malgaches en octobre et en novembre 2009 et de voir les conditions de vie des Malgaches au Liban.

Pour le syndicat des agences de placements privés de Madagascar, il ne peut que constater les dégâts et accepter les décisions de l'État. «Nous ne pouvons qu'accepter ce que dit l'Etat, même si cela va entrainer une baisse de notre marché», affirme un responsable de ce syndicat. Quatre mille Malgaches sont encore au Liban où ils terminent leur contrat de travail. Quatre-huit d'entre eux ont décidé de rompre ce contrat et devraient rentrer ces jours-ci à Madagascar.

L'État devrait mieux règlementer le recrutement des Malgaches au Liban. Actuellement, les agences de placement font tout ce qu'elles peuvent pour influencer les décideurs afin qu'ils soient autorisés à recommencer le recrutement vers le Liban. Le ministre de la
Population, Nadine Ramaroson, a promis de tout faire pour punir les coupables. «Tout ce qu'on peut faire pour l'instant c'est de poursuivre les enquêtes. Ce n'est qu'après que nous pourront saisir la justice», explique-t-elle.

Dina Razafimahatratra est journaliste à Madagacar. Cet article fait partie du service de commentaires et d'opinions de Gender Links.

 

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Manaya, Troizamis
 
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Madagascar
 
 
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