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Afrique du Sud: Nelson Mandela et la paternité – “Ne faites pas de moi un saint s’il-vous plaît »
 
 
Written by Collleen Lowe Morna | 09 July 13
 
 

Johannesburg, 8 juillet : Que dirait Nelson Mandela s'il apprenait l'existence de l'inconvenante querelle familiale qui fait rage à l'extérieur de sa chambre d'hôpital ? En tant que leader sage et pondéré qu'il est, il aurait probablement regretté de n'avoir pas légué à sa famille la paix et l'unité qu'il a conférées à l'Afrique du Sud. Il aurait rappelé comme il l'a maintes fois répété qu'il n'est pas un saint. Alors que nous réfléchissons sur l'héritage de Nelson Mandela, il nous aurait demandé de tirer des leçons de sa grandeur et de ses faiblesses humaines.

Et pourtant, alors que je lis les différents comptes-rendus sur la vie de Nelson Mandela, je ne vois qu'une interview dans laquelle il a osé être brutalement honnête à propos de sa faillibilité. Peu après sa libération de prison en 1994, feu sa première femme Evelyn Mase a eu ce commentaire : « Comment un homme adultérin qui a quitté sa femme et ses enfants peut être le Messie ? Le monde entier vénère trop Nelson alors qu'il n'est qu'un homme ».

Makaziwe, la fille d'Evelyn Mase, et Mandla, le petit-fils de Nelson Mandela, sont à l'épicentre de la bagarre autour de la sépulture où la dépouille de ce dernier et celles des trois enfants disparus d'Evelyn Mase seront enterrées. Il y a trois ans, Mandla a fait transférer ces restes qui comprennent ceux de son père Makgatho à Mvezo, lieu de naissance de Mandela où il est le chef.

A l'issue d'un défi en cour menée par sa tante Makaziwe, les restes ont été transférés à Qunu où Mandela a grandi et où son entourage pense qu'il voudrait être enterré. Au cours du dernier épisode de ce drame, la plaidoirie des avocats de Makaziwe a été remise en cause car ils sont accusés d'exagérer quant à l'état de santé de Mandela lorsqu'ils le décrivent comme étant dans un état végétatif et ceci, afin d'obtenir une injonction urgente.

L'argent est aussi source d'inquiétude dans cette controverse. Mandela est considéré comme la seule icône vivante au monde et placé dans la même ligue que le Mahatma Gandhi et Martin Luther King. Les experts en tourisme prédisent que quelque soit l'endroit où la dépouille de Mandela reposera, la foule qu'elle attirera supplantera les 600 000 visiteurs que Graceland, sépulture du chanteur Elvis Presley, reçoit annuellement et engrangera aussi bien plus de revenus.

Comme un feuilleton brésilien comprenant plusieurs intrigues secondaires, la « Dynastie » de l'Afrique du Sud a déterré de sombres secrets qui auraient mieux fait d'être restés dans la tombe. Alors que Mandela est dans un état critique, Mandla a animé une conférence de presse pour dire que son demi-frère, Mbuso, est le fruit d'une relation adultérine entre son père et une femme mariée et que Mbuso a eu un enfant avec une des trois femmes de Mandla, à savoir la Réunionnaise Anaïs Grimaud. La première femme de Mandla a traîné ce dernier à plusieurs reprises en Cour pour adultère et refus de verser une pension alimentaire.

Les commentateurs ont tenu à ne pas entrer dans les pêchés des enfants du père. Des spécialistes en marques ont avancé que le nom Mandela demeurera intact quoi qu'il arrive. Les sociologues et psychologues ont rappelé les effets du père absent du fait que Mandela ait passé 27 ans en prison. Ces interprétations ne réussissent pas à aller au-delà du superficiel.

Les Mandela ne sont pas qu'un grand nom de familles politiques en Afrique du Sud. Les enfants de Walter Sizulu ont aussi été privés de la présence de leur père durant les années les plus formatrices de leur existence. Ils venaient toutefois d'une famille solide avec une figure maternelle très forte, à savoir Albertina Sizulu, qui a su tenir les rênes de la famille et qui s'est raccommodée avec son mari à la libération de celui-ci, formant avec lui un des couples les plus unis de ce siècle et ce, jusqu'à leur mort.

Nelson Mandela, très sensible au charme féminin, ce qui n'est pas un de ses héritages les plus exemplaires, s'est marié trois fois. Après son divorce d'Evelyn Mase, il a épousé Winnie, une femme forte mais controversée de qui il a divorcé après sa libération sur la base d'infidélité alléguée. Mais lors d'une autre intrigue secondaire dans la saga Mandela, deux femmes, une disparue et l'autre encore en vie, ont revendiqué être les filles de Mandela, nées de liaisons entretenues durant son mariage avec Winnie.

Onicca Nyembezi Mothoa a récemment refait surface demandant à voir son père avant qu'il ne meure. L'image épouvantable de Mandela a pris le dessus. Mothoa a été chassée par la famille en dépit de son histoire plausible sur la relation que sa mère entretenait avec Mandela au plus fort de la lutte anti-apartheid et en dépit de son désir de faire un test ADN pour prouver sa filiation. Dans un pays où les mères célibataires élèvent seules 40% des enfants, ce refus n'est pas en faveur d'une paternité responsable.

Si nous voulons apprendre de Mandela, nous devons reconnaître que son héritage au niveau du genre est mouvementé. En tant qu'activistes, nous citons régulièrement les propos de Mandela à l'ouverture du Parlement en 1994 : « La liberté ne peut être atteinte que si les femmes sont émancipées de toutes formes d'oppression ». Nous reconnaissons les pas de géant que Mandela a faits en laissant derrière lui la vieille école de la patriarchie pour être un mari modèle lors de son troisième mariage avec Graça Machel, épouse de Samora Machel, président mozambicain disparu, qui a elle conservé le nom Machel et négocié « un mariage navette » en raison du fait qu'elle soit basée au Mozambique et que ses intérêts y soient aussi.

Et pourtant, c'est le même Mandela qui, sans hésiter, a légué tous ses biens à son petit fils Mandla après la mort de ses deux fils, évinçant sa fille plus âgée, Makaziwe. Il est parfaitement clair qu'en dépit de l'exigence de Mandela que son petit fils ait une éducation formelle, ce dernier, chef avare, a eu peu de ses qualités personnelles. Une personne sensible au genre et capable d'évaluer le legs de Mandela, doit nécessairement se demander si cet héritage n'aurait pas été plus sûr entre les mains d'une fille plus âgée qu'un petit fils jeune et immature.

Je me souviens, en tant que fondatrice et présidente de la Commission sur l'Egalité du Genre, du jour où, avec les commissaires et le personnel, nous avons remis notre rapport au président Mandela à Union Buildings en 1997. Lorsqu'il est entré dans la pièce, Mandela a exprimé son plaisir d'être entouré de jolies femmes. Un membre de mon personnel qui est jeune a eu le courage de lever la main et de lui dire : « M. le président, ce n'est pas de cela dont il est question ici». Il a marqué un temps d'arrêt, l'a regardé et a dit : «Vous avez entièrement raison. Il n'y a pas d'âge pour apprendre. J'apprends toujours ! »

C'est de ce Mandela là dont je me souviendrai : le Mandela qui a admis avoir commis une erreur, celui acceptant volontiers que les pêchés de ses enfants lui retombent dessus, un homme ayant suffisamment de grandeur d'âme pour ne pas vouloir être considéré un saint.

Colleen Lowe Morna est la directrice exécutive de Gender Links. Cet article fait partie du service de commentaires et d'opinions de Gender Links qui apporte une perspective nouvelle à l'actualité quotidienne.

 

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